Une sensibilisation touchante au Handicap

Une sensibilisation touchante au Handicap

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     Le 11 Février 2005 naissait la loi pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. 

 

     Lire un manga sur la surdité et le handicap dans le milieu scolaire fut une surprise pour moi, n’en ayant jamais lu de ce genre. D’autant plus que le sujet sur les personnes ayant des difficultés à s'intégrer dans la société est tabou au Japon, envers. A Silent Voice nous narre l’une des nombreuses problématiques humaines et sociétales qui œuvre depuis très longtemps au Japon : celle du harcèlement scolaire, surtout celui lié à une différence. 

 

     Malheureusement les brimades provoquent des décrochages scolaires et, dans les pires des cas, des suicides. Des dizaines de milliers de cas sont recensés chaque année au Japon et dans le monde. Le manga ose aborder les origines de ces problèmes. Ici, la fiction s’inspire d’une réalité alarmante car Yoshitoki Oima a le courage de briser le tabou du handicap au Japon.

 

     Entre des cours dont il se fiche royalement, une mère coiffeuse, aimante mais peu autoritaire et une grande sœur volage, Shoya, élève de CM2, tente de tuer l’ennui par tous les moyens avec ses deux amis Kazuki et Keisuke, en les entraînant  chaque jour dans des défis tous plus turbulents les uns que les autres. Pourtant, son existence va prendre un tournant décisif lorsque Shoko,  malentendante, intègre sa classe car elle était brimée dans son ancienne école à cause de son handicap. Sa mère l'a changée d'établissement  en espérant que ce drame ne se reproduise pas.

 

     Voilà donc une belle occasion pour Shoya de trouver un moyen de s’amuser. Mais les brimades envers Shoko vont se révéler collectives et tous ne vont pas réagir de la même manière... On comprend alors rapidement le thème : la persécution d’autrui en milieu scolaire.

 

     La première réaction de Shoya face à cette surdité qu'il ne connaît pas, ne se fait pas attendre. Il crie haut et fort son étonnement qui devient vite de la curiosité. Il se demande jusqu'à quel point la jeune fille n'entend rien ? Très vite, cette curiosité se transformera en jeu : taquiner Shoko devient pour lui un passe-temps. L'engrenage commence, les taquineries ''gentillettes'' deviennent peu à peu des brimades beaucoup plus cruelles.

 

     Ce qui interpelle directement au début de notre lecture, c’est le découpage du récit. Les premières pages nous présentent un Shoya adolescent, en pleines retrouvailles avec Shoko. Puis l’intrigue nous projette dans le passé, lors de lors année de CM2. Cela permettra de nous expliquer les relations entre les personnages, leur psychologie et ce que chacun aura vécu au fil des ans.

 

     Ce manga montre aussi le côté cruel des relations sociales, et comment un rien peut tout faire basculer, surtout au début de l'adolescence. Ce qui est intéressant, c'est d'avoir fait en sorte que le lecteur comprenne pourquoi certains sont amenés à devenir des brimeurs et d'autres des brimés, ainsi que l'état d'esprit des différentes parties.

 

     A travers de nombreux exemples de ce type, l'auteure aborde les problèmes liés au handicap. Elle met parfaitement en avant certaines réalités : la curiosité blessante ainsi que la méchanceté des enfants face à la différence. Et, par la même occasion, les problèmes liés à l'intégration en classe…

 

     Mais face à ces problèmes d'intégration, quelles solutions adopter ? Existe-t-il seulement une bonne manière de faire ? Comme par exemple, la mère de Shoko, qui l’élève seule, est ultra protectrice au point de vouloir tout décider à sa place.

 

     La force de ce titre est de s'adresser à tous, car nous avons tous été un jour plus ou moins confronté au thème principal du titre : le handicap. Dans mon boulot, il est vrai qu’il m’arrive de côtoyer des personnes sous handicap et parfois c’est assez difficile de s’exprimer ou de se comprendre… J’ai justement déjà été confronté  à des personnes sous le même handicap que Shoko et pour nous exprimer on a dû le faire par écrit.


     Cette dernière subit tout cela tout en tentant de garder le sourire, sa seule arme pour essayer de se faire accepter par ses camarades de classe. Mais le plus dur c’est qu’elle doit subir l'indifférence des autres, et même du professeur qui semble ne pas intervenir sauf quand il y est obligé. L’auteur dénonce aussi le laxisme de certains professeurs face au harcèlement que subit Shoko et l’absence de sanction. Un fait de plus en plus présent de nos jours... Shoko démontre d'ailleurs une grande maturité pour son âge, ce qui est souvent le cas des enfants liés à un handicap. On souffre avec elle, d'autant plus qu’on découvre que sa mère ne lui facilite pas la vie. Cette dernière reproche à sa fille la vie difficile qu'elles vivent…

     

     Shoya va finalement pouvoir discuter avec Shoko, à travers la langue des signes, là où étant enfants il y avait une barrière de la langue. L'auteure s'est fait aider par sa mère, interprète en langage des signes, pour ces passages qui sont difficiles à traduire.

 

     Pour une fois, un manga ne montre pas une vie idéale. Il parle de la vraie vie, celle où des actions vont diriger toute une existence, ou les relations humaines sont complexes.  Mais paradoxalement, c’est le meneur de ces brimades : Shoya, qui se révèlera le plus « franc » dans ses persécutions. Il  déteste la jeune fille, l’humilie, la frappe mais jamais il ne se ligue avec les autres pour le faire.

 

     J’en viens donc à me dire, que ce manga est également l'histoire d'une repentance. L’ancienne brute, une fois sa classe retournée contre lui, est à son tour victime de harcèlement. Comment prouver que l'on a changé ? Comment s'excuser et se faire pardonner de la personne que l'on a injustement rejetée ? C’est toute la force de l’œuvre : le persécuteur se retrouve alors dans la même situation que Shoko. 

 


     Le plus choquant, c'est la facilité avec laquelle le professeur et les enfants de la classe de Shoya se retournent contre lui pour se sauver de leur propre lâcheté. Or admettre qu'on a fait du mal, c'est le plus dur. Et obtenir le pardon de ceux ou celles que l'on a fait souffrir, c'est le plus difficile, surtout lorsque l'on pense ne pas le mériter.

 

     L’un des gros point fort c’est également sa palette de personnages aux caractères bien que souvent clichés (le justicier aveugle, la déléguée pleine d'illusions, la mère cherchant à aider sa fille etc). Malgré tout ils possèdent tous une identité qui leur sont propre et chacun de nous peut s’identifier à l’un d’eux.

 

     Au niveau du dessin, on est peu habitué au style de Yoshitoki Oima. Le trait, assez fin, semble manquer de précision, mais donne une certaine ambiance. Cela permet à la mangaka de faire des faciès très expressifs et rendre plus humains les différents personnages. Les contours, souvent épais, de ces derniers permettent de les mettre en avant dans le récit. Le style de l’auteure est ainsi original et empreint d’une maturité pour un shônen. En revanche plus les tomes sortent, et plus les couvertures sont belles et touchantes.

 

     En bref, A Silent Voice est un shônen étonnamment mature qui aborde des sujets sensibles avec finesse. Une histoire violente psychologiquement, mais également particulièrement touchante. Il est difficile de ne pas céder face à ce début de série, qui touche tout public et qui devrait sensibiliser les jeunes comme les moins jeunes de nos jours.

 

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