Une histoire touchante et véridique

Une histoire touchante et véridique

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     Momochi Reiko est une mangaka shôjo. Cet auteur, appréciée pour ses portraits réalistes de la jeunesse japonaise, aborde le plus souvent des thèmes délicats et sensibles comme la mort, le deuil, le suicide, le harcèlement scolaire...
 

     Personne n’est sans savoir ce qui s’est passé à Fukushima. Cinq ans plus tard, le tabou entretenu par le gouvernement japonais n'est pas toujours facile à éviter. Et c'est du côté du shôjo que l'on découvre à ce jour le plus brillant témoignage version manga. Evitant la censure, Reiko Momochi brise la loi du silence en abordant le problème Fukushima.

 

     Elle raconte cette histoire, en l'honneur de son père (décédé) et des habitants originaire de Fukushima. La mangaka,  accompagnée de son rédacteur originaire de la ville-même, commencèrent par recueillir à partir de l'été 2012 de nombreux  témoignages d'étudiants, d'enseignants et de parents sur ce qui s'est passé. Rappelons que le 11 Mars 2011, après le terrible  tsunami a suivi un séisme, qui a ravagé les côtes du nord-ouest du japon sur plus de 500 km et a mis en péril la centrale  nucléaire de Fukuma Daiichi, située au bord de l'océan pacifique. A ce jour, la ville est devenue une ruine, entourée d'une zone de  20 km inhabitable, et il n’y a aucune solution à l'heure actuelle bien que des milliers de travailleurs risquent leurs vies pour  effectuer le travail de décontamination.

 

     C’est dans cette ambiance que nous allons suivre le quotidien de quatre lycéennes vivants à Fukushima. Chacune va essayer de se construire un avenir mais c’est très loin d’être facile car avoir une vie « normale » semble devenu un luxe. Les habitants quittent la ville pour que leurs enfants puissent continuer leur scolarité dans de bonnes conditions, les aides extérieures sont au final peu nombreuses, mais le plus difficile à encaisser ce sont les jugements qu’on les japonais envers les « contaminés ». Nos jeunes héroïnes originaires sont donc confrontées à un cruel dilemme. Rester ou partir ?

 

     Et justement, je vais commencer par vous exposer le seul reproche que je pourrais émettre par rapport à cette question, c’est que certains comportements des personnages m’ont surpris. En effet, les jeunes filles vont considérer qu’il serait lâche de quitter Fukushima. Lâche ? Je ne vois pas pourquoi : il s’agit de survivre. Je peux comprendre l’attachement à leur terre, mais vouloir rester n’a rien à voir avec le courage : c’est de l’inconscience, du suicide. Ou alors, elles parlent de lâcheté par jalousie de ceux qui ont la possibilité de partir, et de laisser derrière eux ceux qui n’ont pas cette chance ?

 

 

     Mais une vie normale est-elle encore possible pour elles ? Désormais, elles doivent constamment se confronter à des problèmes les replongeant dans la détresse. En plus des habitants qui partent vivre ailleurs, le tourisme est mort dans la région. Il y a beau y avoir des signes de soutien de l'extérieur, il y a également des réactions virulentes et dédaigneuses. Nos héroïnes doivent donc faire face au regard des autres et aux préjugés sur leur contamination. Et cela a forcément un impact sur leur entourage, et sur elles-mêmes. Le désespoir a vite fait de revenir, pouvant pousser aux extrémités les plus tragiques.

 

     L’agriculture est touchée de plein fouet et de nombreuses exploitations sont au bord de la faillite. Malgré des contrôles qui autorisent la vente des produits, personne ne veut acheter des légumes ou du riz contaminés. Mais nos jeunes filles veulent encore y croire, elles soutiennent leur famille, leurs amis malgré les difficultés.

 

     Ce qui fait sa force c’est que l’histoire est basée sur des témoignages recueillis directement par la mangaka comme j’ai pu l’expliquer avant. Daisy est sans doute le meilleur manga politico-écologique que j’ai pu lire. Vous ne pourrez pas rester insensible à ce drame et la prise de conscience est réelle. En effet, de nos jours, les médias ne parlent plus de Fukushima, de sa reconstruction, de son avenir, des effets secondaires produit sur les hommes etc. 

 

     Le fait que ce soit un shojo qui aborde un sujet aussi sensible, peu de temps après la tragédie, a de quoi surprendre. C'est une volonté de son auteure qui est allée plusieurs fois sur les lieux de la catastrophe, rencontrée ses habitants, et la jeunesse, afin de savoir ce qu'ils ressentaient, et cela se voit dans le manga, ce qui va rendre son témoignage d’autant plus poignant.

 

     L'auteure évite tout règlement de comptes envers le gouvernement japonais (même si elle émet des reproches légitimes envers Tepco et les autorités japonaises), mais il y a des questions et des allusions qui sont abordées, et qui sont celles de ces lycéennes ; que faire ? Qui va nous aider ? Et surtout, comment vivre ? Que deviennent les amitiés face à de telles situations ? Que deviennent les agriculteurs qui dépendent de la culture de leurs rizières ? Elle traite ses héroïnes avec énormément de tendresse, et évite bien de tomber dans le mélodrame facile.

 

     L’idée n’est absolument pas de nous narrer le déroulé de l’accident ou ses conséquences d’un point de vue scientifique, tout simplement car les protagonistes eux-mêmes ne sont pas des scientifiques, et ignorent tout ou presque de la radioactivité et de la contamination de leur environnement. Cette méconnaissance renforce l’identification avec les personnages, et nous permet de mieux appréhender leur réaction puisque nous nous demandons sans cesse ce qui est réellement dangereux.

 

Graphiquement il n’y a rien à redire, les traits sont simples, doux et épurés.

 

      Ce manga ne laisse pas indifférent. En le lisant, j'ai eu les larmes aux yeux, car c'est vraiment horrible et surtout véridique. Le   quotidien de ces quatre lycéennes est chamboulé à tout jamais et leur avenir est on ne peut plus incertain. Mais Fumi et ses amies  choisissent de se battre. Je trouve qu'elles ont énormément de courage pour continuer à vivre ou du moins essayé, avec ce qui leur est  arrivée.

 

     Enfin, Daisy lycéennes à Fukushima affiche un objectif clair : ne pas oublier le drame qui s’est déroulé à Fukushima et surtout ses habitants qui ont l’impression qu’on leur ment sur l’ampleur de la situation. Il permet aussi de nous dire que personne n’est à l’abri d’une même situation. Je vous le recommande vivement !

 

Himiko

 

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