Théâtre et malédiction

Théâtre et malédiction

Post Title

     Kasane est la première œuvre de Daruma Matsuura. C’est un seinen prépublié dans l’Evening de l’éditeur Kôdansha, et par Ki-oon en France. L’œuvre est loin d’être singulière et joyeux, l’atmosphère sera oppressante et le destin de l’héroïne est bien loin d’être optimiste… bien au contraire.

 

     Le tire va directement s’ouvrir sur la souffrance du personnage principale : Kasane, qui se trouve être la cible de toutes les brimades de ses camarades, qui refusent de croire qu'elle est la fille d'une belle actrice, et de grande renommée car elle n’est pas très belle. Le dessin de l’auteure est assez explicite à ce sujet car la petite fille présente un faciès difforme.

 

     Toute cette atmosphère est aussi due à ceux qui entourent l’héroïne, tant l’auteure dote ces individus d’une aura négative. Le coup de crayon de l’artiste joue énormément sur l'histoire. La beauté est plutôt bien représentée, avec des traits fins, tandis que la laideur n'est jamais totalement montrée, toujours cachée derrière un masque.

 

     Ce qui me fait un peu penser à la vie réelle, les gens montrent rarement leurs vrais visages. Mais ce qui fait vraiment le charme de l’œuvre, et où l'auteur est vraiment bon, c’est qu’il sait très bien jongler entre les dessins bruts et les plus travaillés. De plus il va jouer sur le mystère, refusant de nous dévoiler le visage de Kasane, cette dernière étant systématiquement cachée par ses cheveux, de profil, ou encore dans l'ombre...il faudra alors attendre un peu avant d'en avoir un aperçu. 


 

     Pour en revenir à cette atmosphère oppressante, elle va aussi se traduire par le fait que l’on va basculer dans l'horreur. Lorsque que Kasane, va pour la première fois voler un visage, cela se fera dans la violence, avec des conséquences macabres. Sa première victime est une enfant qui meurt dans l'indifférence générale. Personne n'en parle, ou semble s'en soucier. Ce qui est illogique, on ne peut ignorer une telle mort étrange d’une petite fille.

 

     Le personnage de Kasane est très complexe, il devient beaucoup plus froid et amère au fur et à mesure que l’histoire avance. Elle est à la fois renfermé, craintive et cruelle, mais elle se révèle magnifique lorsqu'il s'agit de monter sur les planches afin d’exprimer son talent.

 

     Et nous avons là un autre point clé et point fort de l’œuvre : le théâtre ! Nous avons enfin un sujet qui se différencie des autres mangas et que l’on n’a pas l’habitude de voir et c’est agréable d’aborder ce milieu encore peu exploité. L’auteur va revisiter des classiques et nous en proposer des adaptations assez réussies. Même si les scènes ne sont pas encore assez présentes, ces moment-là sont vraiment très beaux à voir, surtout lorsque Kasane révèle sont talents et son amour pour le théâtre. Peut-on donc dire que la véritable beauté de l’héroïne se révèle lors de ces moments ? Je pense que oui. Elle ne devrait pas revêtir un autre visage et garder le sien pour monter la tête haute sur les planches.

 

     Ainsi, à travers différentes histoires qui font évoluer le scénario dans le temps, les péripéties de Kasane ne se limitent pas à l’obtention de nouveaux visages et ciblent surtout l’introspection d’une jeune fille qui n’a jamais eu droit au bonheur. L’autre moment où l’auteur se révèle une fois de plus, c’est qu’il arrive toujours à nous surprendre. Lorsque Kasane commence à atteindre un moment de bonheur, où elle pense pouvoir être heureuse, il y a un évènement qui risque de la faire replonger dans la souffrance et les doutes !

 

     L’auteur travail intelligemment la base de son récit puisqu’il dissémine à des moments déterminés certaines révélations importantes. Plus le temps passe, et plus Kasane sera tentée par cette «beauté». Cependant, on connait tous la nature avide de l’homme de posséder ce qu’il ne peut avoir. Notre héroïne pourra t’elle résister à continuer sur ce chemin périlleux.
 

     Mais comment peut-elle voler des visages ? Grâce à un rouge à lèvre que sa mère lui a légué et qui permet de prendre l’apparence de la personne qu’elle embrasse. L’héroïne en viendra donc à se poser des questions sur sa mère, avait-elle toujours cette beauté, ou a-t-elle volé un visage, une vie, pour vivre ses rêves et sa passion pour le théâtre ?

 

     A ce stade de l’histoire, même si on en a déjà beaucoup appris, il reste encore beaucoup de questions et de non-dit. Mais je vous conseille vivement ce titre.

 

Commentaires (0)