Un handicap ? Force ou Faiblesse ?

Un handicap ? Force ou Faiblesse ?

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     Après avoir découvert « A silent voice » qui m’a beaucoup touchée, je n’ai pas pu  m’empêcher de craquer pour « Perfect World », la deuxième série de Rie Aruga. Au Japon il paraît dans le magazine Kiss de Kôdansha. 

 

     De prime abord, l'histoire de base peut se révéler assez simple/classique : une héroïne retrouve son amour d’enfance, en retombe amoureuse et ils finissent par entamer une relation. La différence c’est que le couple n'est pas dans les normes d'un shojo classique. Ils ne sont pas clichés dans la mesure où l’intrigue ne se limite pas à une jeune fille ordinaire qui attire l'attention du bellâtre du lycée et parvient à gagner son cœur. Non, ici Rie Aruga aborde un sujet mature encore trop peu traitée dans le manga : le handicap moteur. 

 

     Les protagonistes vont se confronter à la paralysie du jeune homme et aux difficultés auxquelles lui et son entourage doivent faire face. On ressent alors un important travail de recherche de la part de la mangaka qui ne traite pas son sujet à la légère. On va découvrir en même temps que l’héroïne le dur quotidien des personnes sous handicap. N’ayant pas de personnes infirmes dans mon entourage, je trouve que le procédé d’identification avec Tsugumi n’en ai que plus fort car nous avançons en même temps qu’elle. 

 

     Nous allons découvrir les problèmes que vivent les handicapés à travers plusieurs témoignages : 
- Ayukawa qui se bat tous les jours pour devenir un architecte reconnu,
- Kawana qui tente de mieux le comprendre, lui et sa maladie, 
- Haruto, un jeune homme récemment handicapé qui n'accepte pas sa condition alors que sa copine tente de le soutenir ... 

 

     En voyant qu’Itsuki a réalisé son rêve de devenir architecte, qu'il continue de jouer au basket etc, Tsugumi ressent une certaine admiration pour lui. Mais elle ne peut s’empêcher de constater les nombreux problèmes liés à son handicap : 
- qu’ils soient d'ordre physique, 
- de santé,
- ou de société, encore mal adaptée à l'accueil des handicapés… 

     Elle va donc ressentir sa douleur, éprouver beaucoup d'inquiétude et de stress. Ce qui va l’amener à se poser des tas de questions, auxquelles elle n’aura pas forcément de réponse immédiate. Comment vivre sa relation avec lui sans se soucier du regard des autres, comment vivre avec les remarques…? Comment s'imaginer vivre avec lui ? 

 

     Elle va alors décider de ne pas le laisser tomber, de l’épauler, sans pour autant le prendre en pitié. C’est une très belle leçon d’humanité car ce n’est pas le handicap qui fait la personne. L’histoire de base est peut-être une histoire d’amour classique, mais le réel problème tourne autour de l’importance du regarde des autres, qui malheureusement est bien trop présent dans notre société actuelle… Tout le monde ne vivra pas cette situation certes, mais la découvrir à travers différents témoignages afin de nous sensibiliser. 

 

     Venons-en au fait que ce soit Itsuki qui soit handicapé, cela sort de l’ordinaire et je vais vous expliquer pourquoi. Au Japon, la place qu'occupe l'homme est très importante. En effet, ils ont une énorme pression afin de pouvoir faire vivre leur famille, pour réussir dans leur travail etc. Ici notre personnage principal doit donc redoubler d’effort afin de combler le déficit que son accident pourrait causer. 
Le petit point négatif que je pourrai émettre c’est que tout va trop vite. L'auteure expédie trop vite la présentation des personnages. A peine le tome 1 terminé, que l’on passe directement à la romance et les obstacles que vont rencontrer le couple. Elle aurait dû mettre en place un petit jeu de séduction afin de les faire succomber l'un à l'autre. Ou d’autre stratagème pour qu’ils apprennent à plus se connaître. Mais ce n’est pas un frein à la lecture, bien au contraire !

 

     Ayukawa se bat, avance, fait face à la discrimination et fait tout pour faire ce qu'il aime. En revanche, il ne souhaite pas faire subir le poids de la vie qu’il mène aux personnes qui ont une place cher à ses yeux. Ça part d’une bonne intention, mais il doit quand même se reposer sur quelqu’un afin d’avoir moins de stress et d’être plus heureux !

 

     Graphiquement, les dessins sont très agréables à l’œil et nous permettent une immersion immédiate. Les personnages sont distincts les uns des autres, aucuns ne se ressemblent. Leurs traits sont très complets et grâce à la maîtrise du coup de crayon de l’auteure on ressent parfaitement les émotions qui se dégagent de l'histoire. La couverture est très jolie dans des teintes assez douces qui nous attire tout de suite, d’autant plus qu’on peut apercevoir nos deux héros sur la couverture, et nous nous demandons directement comment va se terminer cette histoire d’amour.

 

     Perfect world incite à la tolérance, à la compréhension et à la compassion envers son prochain, le message est très clair à ce sujet. On est forcément touché par cette histoire, à moins de ne pas avoir de cœur. Elle nous ouvre les yeux sur les difficultés que rencontrent les handicapés au quotidien dans une société encore mal adaptée à leur besoin…. On se met parfaitement à la place de nos héros, on ressent leurs émotions. 

 

     L’histoire est très touchante et j’en ai souvent eu un nœud au ventre car c’est une romance qui aborde un sujet sensible tout en finesse, elle montre sans tabous les problèmes liés au handicap, le courage de l'accepter et de continuer à vivre avec…

 

Un très beau manga à lire !

 

Himiko

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