Un excellent Thriller

Un excellent Thriller

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     C’est avec son parcours atypique (étude de la peinture, de la sculpture, du théâtre etc) et Je voudrais être tué par une lycéenne, publié aux éditions Delcourt/Tonkam que j’ai pu apprendre à connaître Usamara Furuya. Ce manga a d’ailleurs permis le lancement en octobre 2013 du magazine Go Go Bunch de Shinchôsha. D’après le titre on pourrait croire qu’on aurait affaire à un manga d’horreur mais rapidement un thriller se met en place et on va vite en devenir accro !

 

     De prime abord, Haruto Higashiyama, professeur de son état, parâit comme étant quelqu'un de banal, bien sous tous rapports et est très populaire auprès de ses élèves (féminines bien évidemment). Or on va vite se rendre compte qu’il cache depuis de nombreuses années un secret pour le moins étrange : il est autassassinophile, c'est-à-dire qu'il est sexuellement attiré par le risque d'être tué, un sujet encore jamais traité par le manga, d’après tout ce que j’ai pu lire à ce jour. Mais attention, son envie est très précise : une lycéenne uniquement doit le tuer et par strangulation de préférence. Ce qui va engendrer en lui un sentiment d’excitation sexuel. Cependant, cela ne l’empêche pas d’avoir des rapports "normaux". Je fais référence ici à DeadTube où le héros n’est attiré que par des scènes de gore/torture.

 

     Revenons-en à nous moutons, mais d’où peut bien lui venir une telle envie ? Tout comme lui nous ne le savons pas. Il déclare avoir vécu une enfance et une adolescence classique, une vie universitaire banale et studieuse, avec quelques relations par ci par là…

 

     Ce souhait va donc le conduire à laisser tomber son doctorat en psychologie clinicienne pour entamer une carrière de professeur d'histoire/géo. Et à son arrivé au lycée de Nitaka, Higashiyama a trouvé la candidate idéal pour le tuer : Maho Sasaki. Ce que j'ai bien aimé, c’est qu’il pense intelligemment l'organisation de son meurtre. En effet il va avant tout penser aux conséquences pour le tueur, c'est à dire qu'il ne faut pas qu’il se fasse attraper, ou qu’il culpabilise… Ici, le héros ne fait pas preuve d'égoïsme juste pour satisfaire son envie.

 

     A la lecture du résumé, le fil conducteur m’a dérouté car je ne connaissais pas cette « attirance » et j’avais du mal à croire qu’elle existait réellement. Pourtant, l’autassassinophilie existe bel et bien ; ce sont des personnes fantasmant leur propre mort, au point que ce soit source de plaisir sexuel. Un sujet pour le moins étrange, que le mangaka traite avec beaucoup d’attention et de brio. Tout au long de l’histoire, Usamaru Furuya y dévoilera des éléments et des informations de manière bien réfléchie et au bon moment.

 

          Un procédé que j’ai beaucoup apprécié et qui sort de l’ordinaire c’est que les explications sont inscrites dans des bandes blanches séparées et non pas dans des bulles. On comprend beaucoup mieux sa psychologie ainsi que l’histoire. Ce qui fait aussi la force du manga, c’est le changement de narrateur : dans chaque chapitre, les personnages secondaires deviendront les personnages principaux d'un autre. C’est un procédé très intéressant car selon qui est le narrateur, on découvre le passé sombre de chacun et d’autres aspects de leur personnalité grâce à divers points de vue.

 

     En effet, au début du manga, c’est Haruto le narrateur. Mais par la suite, ce sera au tour de Maho puis de Yukio. Il y a également Aoi, l’amie autiste de Maho. Mais ne va-t-on pas s’ennuyer au bout d’un moment ? Non, car c'est à partir de l'arrivée d'une psychologue et ex d’Haruto que le tome s’accélère et que le héros commence à nous décrire son plan pour mettre fin à ses jours, même si il n’est pas si pressé que ça de mourir…

 

     Graphiquement, le trait de l’auteur est maîtrisé, ses personnages assez bien représentés, avec un je ne sais quoi d’inquiétant quand on les regarde. Les décors sont très présents avec de nombreux détails, ils ne passent pas inaperçus et participent beaucoup à l’immersion du lecteur dans l’histoire. La mise en scène est très bien exploitée et réalisée par l’auteur, on sent que son parcours lui sert énormément. En effet, à de nombreuses reprises il alterne différents points de vue (plongée, contre plongée...), ça dynamisme les scènes et nous fait ressentir les mouvements alentour etc. Le seul petit bémol, c’est que parfois j’ai l’impression que les visages semblent sans émotions, figés. On ne ressent pas grand-chose émaner d’eux, sauf dans quelques scènes où ils expriment réellement leurs envies.

 

     La force de cette série réside clairement dans le changement de narration et ses personnages qui abordent une même chronologie mais avec des points de vue différents. Ce changement de narrateur nous permet de mieux comprendre l’histoire et la situation de nos héros.

 

     Dans le deuxième et dernier tome, la plupart des questions que nous nous posions auront une réponse, mais en revanche je suis restée assez déçue sur la fin... Elle reste très correcte mais je ne m'attendais pas à ça. J'aimerai vous en dire plus mais je ne peux pas afin de ne pas vous la gâcher !

 

     Pour finir, j'ajouterai que Je voudrais être tué par une lycéenne est réservé à un public mûr et averti, à cause de certaines scènes qui pourrait heurter la sensibilité du jeune public. 

 

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