Un manga touchant...

Un manga touchant...

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Encore peu connue chez nous, avec pour seule œuvre Immortal Rain (2011), la mangaka Kaori Ozaki est de retour chez Delcourt/Tonkam avec « Kamisama ga uso wo tsuku » soit Our Summer Holiday. L’œuvre a été publiée en 2013 pour le magazine Afternoon de Kôdansha. Misant sur la mélancolie, elle parvient à faire d’une histoire qui aurait pu se révéler stéréotypé quelque chose de fort et émouvant.
 

 

Pour commencer, au vu du résumé, on pourrait penser que cette histoire va s'apparenter à celle d'un banal shojo. Et la couverture, représentant les deux personnages principaux se tenant la main, semble venir confirmer cette hypothèse. Mais il ne faut pas se fier aux apparences ! En effet, on se trompe sur toute la ligne car il s’agit en réalité d’un shonen.

 

 

Aux premiers abords, on a du mal à y croire car si l’on se fie au dessin et au découpage de l’œuvre, on serait tenté de dire que l’on a un manga pour adolescentes, plutôt qu’un manga qui enchaine combats sur combats. Cela nous prouve qu’il est tout à fait possible d’aborder ce genre sous un tout autre angle. On retrouvera quand même quelques bagarres par ci par là, mais de façon très modérée. L’auteure cherche surtout à mettre l'accent sur le côté psychologique plutôt que sur le côté physique.

 

On pourrait dire que le récit est découpé en trois parties. La première va permettre l’introduction des différents personnages et développe la rencontre de Natsuru avec la mystérieuse Rio et son petit frère. La deuxième va aborde le côté "sombre, triste" de l'oeuvre. Bien qu’il n’y ait pas de mise à l’épreuve dont les héros doivent triompher pour s’en sortir ils vont devoir faire preuve de maturité pour s'en sortir. Par ailleurs même avec toute leur bonne volonté, ils n'obtiendront pas de réponses à toutes leurs questions. L’auteure effectue tout un travail sur la psychologie des personnages. Quant à la dernière partie, elle fera office d’échappatoire l’espace de quelques heures. Et c’est là où l’auteur se démarque, elle arrive parfaitement à jongler entre différents tons : réalisme/rêve, noirceur/espoir…

 

On commence donc par découvrir un enfant : Natsuru, à l’air un peu perdu et mélancolique, allongé sur son bureau de classe... Devant lui se tient une de ses camarades : Rio Suzumura, le regard perdu dans les rideaux qui viennent d’être lavés. Elle est la cible de moqueries à cause de sa grande taille et de son allure.

 

Alors que les vacances sont déjà là, les projets de notre jeune garçon vont changer à cause de cette mystérieuse jeune fille... En effet, Rio cache un secret bien plus terrible que ce que vous pouvez imaginer… Je ne vais pas vous en parler car cela va gâcher et vous dévoiler toute l’intrigue, mais sachez que l’auteure nous fait bien comprendre que quelque chose cloche dans les propos de la jeune fille. Comme par exemple la question de l’argent, ou encore l’étrange odeur qui se dégage de leur jardin… !

 

Une notion que l’on va retrouver tout au long des pages et qui est très agréable et allège l’ambiance, c’est cette atmosphère estivale dont Kaori Ozaki nous dépend si bien. Cette ambiance d'été, ne nous quittera jamais vraiment ; les grandes vacances, le camp d'été du club de foot, fête de quartier... Cela donne un souffle d’air frais sur l’œuvre, ce qui lui donne un petit je ne sais quoi de poétique.

 

Kaori Ozaki traite de sujet délicat, tels que le décès d’un parent ou la trahison d’un autre (ici on pense au père du héros, au prof de sport qui brise  peu à peu les rêves du jeune garçon...). Les premiers amours, l'amitié, relations parents/enfants etc sont des thèmes qui seront abordés. On va aussi s’intéresser à la façon dont les adolescents trouvent petit à petit leur place dans la société, au sein de leur famille, de leurs camarades...

 

Ce qui va nous amener à comprendre qu’aucun de nos protagonistes ne se sent à sa place chez lui : Natsuru a dû « s’éduquer » seul à cause de sa mère veuve au comportement puéril, tandis que Rio et son petit frère, doivent survivre par leurs propres moyens. Des enfances et une innocence volées à ces jeunes, qui n’auront pas su profiter des plaisirs de la vie que l’on a à cet âge… L'histoire peut-être triste, compte tenu de leurs jeunes âges, mais le tout est travaillé de façon réaliste, sans sombrer dans le pathos.

 

L’auteure aime travailler seule et accomplie elle-même ses dessins. Et je trouve son travail remarquable. Les traits sont fins et bien tracés. Les cases sont épurées sans pour autant être vides, elles laissent apercevoir un décor assez simple, mais qui reste détaillé quand il le faut, ce n’est pas grossier. C’est dessiné finement et avec soin. Les personnages ont tous une identité et la mangaka dessine à merveille leurs émotions. On ressent tout comme eux, on se met à leur place... On accroche d’autant plus sur l’œuvre, puisque l’on va arriver à s’identifier à nos héros.

 

 

Attention spoiler sur la fin !!

 

 

Le seul petit bémol que je pourrai émettre, c’est que la fin est beaucoup trop rapide. Ce que voulait éviter Rio va finalement se produire, puisqu’elle et son frère vont se retrouver séparer et placer dans des foyers différents…

 

De plus j’aurai aimé avoir une scène, si ce n’est que d’une seule page, où l’on peut voir nos deux héros principaux se retrouver afin de voir leurs expressions et leurs réactions. Plutôt que d’avoir un simple et bête coup de fil, bien qu’il laisse présager de future retrouvaille…

 

Vous l'aurez donc compris, je vous invite à vous le procurer ! 

 

Himiko

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